Juin 27

La loose épisode 9, la loose instructive

par dans Bolivie

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Une petite loose peut parfois avoir des bons cotés…

Après avoir passé du bon temps à La Paz, nous continuons notre chemin vers le sud. Initialement, nous avions prévu une petite étape technique à Oruro, une ville sans grand intérêt touristique, mais comme nous sommes maintenant de grands explorateurs, nous avons décidé de pousser jusqu’à Potosi. Après nous être renseignés à la gare routière, en l’absence de bus de jour, nous partons à 13h de La Paz pour arriver à 22h à Potosi, enfin ce sont les horaires théoriques…

A 12h, nous arrivons à la gare et nous allons acheter nos places. Point extrêmement positif, les prix des billets sont plafonnés et clairement affichés dans la gare. Cela évite d’acheter sa place à des prix indécents. Nos billets en poche, nous nous rapprochons du bus. Nous découvrons alors une montagne de paquets ficelés comme des rôtis de bœuf qui attendent sagement d’être chargés. Il faut savoir que les bus sont aussi utilisés pour transporter du fret, les camions n’ont pas vraiment la côte. Vu la quantité de colis, il est clair que notre bus va être rempli à ras bord.

Une scène cocasse se déroule alors sous nos yeux : le chargement. Un pseudo coordinateur, perché sur un sac, tente d’animer le bal, mais sans grand succès. Les paquets sont chargés… puis déchargés, puis rechargés dans le compartiment d’à coté. Après une demi-heure de danse, seulement 4 ou 5 sacs sont dans le bus. Il doit bien en rester une quinzaine. Cécile va demander innocemment quand le bus sera sur le point de partir. On lui répond que tout sera chargé à 13h et qu’il partira donc à l’heure… il est 12h59.

Après encore quinze minutes d’attente, il est évident que nous ne sommes pas sur le point de partir et commençons à craindre une arrivée plus que tardive à Potosi. Cécile file donc voir le gérant de la compagnie pour comprendre ce qui se passe (en fait grogner). Elle revient avec lui et il commence à sermonner ses troupes. Comme par enchantement, tout le monde se motive pour que nous partions le plus vite possible. 15 minutes plus tard, nous sommes sur la route !

Bolivie : sur la route de Potosi Bolivie : sur la route de Potosi

Nous respirons enfin, nous n’aurons probablement pas trop de retard. Mais après deux heures de route, à l’approche d’Oruro, le bus s’arrête. Nous voyons une fumée au loin et une colonne de véhicules immobiles, nous pensons alors à un accident. Le bus fait marche arrière pour se retrouver à une sorte de carrefour avec une piste. Sans hésiter, il s’y engage. Nous ne sommes pas les seuls à avoir choisi cette option. En fait nous sommes une vraie caravane qui lève un épais nuage de poussière.

Les locaux ne semblent pas étonnés de voir passer des bus sur une piste défoncée. Nous sommes assez secoués et une certaine tension s’installe, surtout que le bus doit souvent freiner sec afin de franchir des passages difficiles. Un bus un peu foufou se retrouve même le cul en l’air après avoir terminé dans un trou ! Et plus loin, une voiture est carrément retournée sur son toit !

Bolivie : sur la route de Potosi

Après avoir discuté avec les autres passagers (enfin Cécile car moi No hablo spanish), nous apprenons que c’est un barrage et non un accident. C’est assez fréquent dans la région. Des mini-barrages sont aussi placés sur les pistes pour dissuader les bus-tous-terrains. Nous jouons donc au chat et à la souris avec les manifestants. Les passagers sont de plus en plus tendus, certains ont peur de se faire racketter. Nous commençons à planquer nos sacs et à nous faire discrets.

Après plus d’une heure de piste, nous retrouvons enfin notre route bitumée, nous sommes passés à travers les mailles du filet. Malheureusement nous avons encore six heures de route et la nuit commence à tomber. Nous pensons sérieusement faire une étape à Oruro pour la nuit afin ne pas arriver en pleine nuit à Potosi. Après réflexion, et comme nous avons une réservation, nous décidons de continuer, même si nous arrivons vers minuit avec au moins deux heures de retard.

Comme nous sommes de bons touristes, nous appelons l’hôtel pour prévenir de notre retard. Nous apprenons avec grand bonheur… qu’ils ne nous ont pas gardé la chambre. Nous nous retrouvons donc sans toit avec une arrivée en pleine nuit. Le rêve ! Heureusement, nous trouvons rapidement une solution alternative, et finalement l’arrivée à Potosi se déroule plutôt bien, malgré l’heure tardive. Nous trouvons rapidement un taxi et surtout un lit avec une vraie douche chaude pour nous réchauffer du froid glacial du bus.

Cette mini-loose, qui s’est, comme toujours, bien terminée, nous a permis de découvrir une petite partie du quotidien des boliviens. Des conflits politico-économiques minent le pays. Les blocages sont assez courants et ils sont le plus souvent le seul moyen pour les locaux de se faire entendre. Un désaccord sur les limites territoriales entre villages est, parait-il, à l’origine de « notre » barrage. Une réserve de chaux se trouve sur la frontière et évidement, tout le monde se la dispute.

Nous apprendrons plus tard par des touristes ayant pris la même route que « notre » barrage ne fut levé que 10 heures plus tard ! Leur chauffeur n’ayant pas choisi l’itinéraire bis, ils ont passé toute la nuit sur leur siège dans le froid glacial de l’Altiplano.

Mais les barrages peuvent prendre des proportions bien plus importantes. En 2010, Potosi a été complètement bloquée pendant plusieurs jours par un conflit minier. De nombreux touristes ont été coincés sur place, prisonniers d’une vraie ville-morte. Les barrages touchent aussi régulièrement le Pérou. En 2011, Puno, la ville frontière, a connu un état de siège durant 3 semaines.

Les deux pays ont des ressources minières importantes et convoitées. Les populations sont propriétaires des sols mais pas des sous-sols. Quand une richesse sous-terraine est découverte, l’Etat cède souvent des concessions à des entreprises. Ces dernières négocient directement avec les communautés locales pour exploiter les sous-sols. L’Etat ne servant pas de médiateur, c’est donc un peu David contre Goliath. Parfois tout se passe bien (constructions d’infrastructures, d’écoles, créations d’emplois…) mais parfois c’est un peu tendu. C’est une des raisons des blocages. En Bolivie, une vague de nationalisations a permis de limiter les dégâts mais tout n’est pas encore rose.

Une autre cause est le sentiment d’abandon, surtout dans les régions reculées. Sorata, où nous avons passé quelques jours, s’est révoltée durant des semaines il y a quelques années. Un blocage avait été mis en place sur l’unique route d’accès au village. Après plusieurs semaines de paralysie, l’armée a été envoyée pour « régler » le problème. Malheureusement, pendant cette opération, il y a eu un mort.

Au final, ce petit contretemps nous aura permis de plonger pendant quelques heures dans la vie bolivienne et ainsi découvrir les tensions qui sont souvent invisibles aux yeux des touristes.

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Un commentaire sur “La loose épisode 9, la loose instructive”

  1. De Julien B.:

    Merci pour ce récit de loose politico-ecnomico-culturelle… qui m’a fait bien sourire sur le début ;)

    PS: Oui je sais j’ai un peu de retard de lecture… mais ils y en qui bossent, pendant que certain cigale au quatre coin du monde ;)

    Posté le 8 août 2012 à 13:52 #

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